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Accueil du site / Jardins naturels / Flore / Invasives / L’hydrocotyle fausse-renoncule

On la rencontre principalement au niveau des pièces d’eau stagnantes ou à très faible courant, voire dans les zones calmes de certains cours d’eau. L’hydrocotyle fausse-renocule (hydrocotyle ranunculoides) n’est pas encore répertoriée sur l’entité de Rixensart, et c’est tant mieux, mais elle est bien présente en zone amont, la vigilance est donc de mise !

Originaire d’Amérique du Nord, cette garce n’est apparue qu’assez récemment en milieu naturel dans le royaume : 1992 en Flandre, du côté de Gand, et 2000 en Wallonie. Actuellement, elle est très largement répandue en Flandre, mais reste plutôt encore peu présente en Wallonie, où on la retrouve principalement en Hainaut et de manière encore assez localisée en Brabant wallon … mais sa progression est rapide et notre connaissance de sa répartition encore partielle. C’est son caractère opportuniste, et sa préférence pour les milieux riches en éléments nutritifs (nitrates, phosphates) qui explique actuellement sa répartition dans nos régions.

Alors qu’elle est vantée en jardinerie pour son côté oxygénant et pour la constitution de refuges pour la faune piscicole, c’est plutôt l’inverse qui va se produire in situ une fois la plante bien installée. En effet, en conditions optimales, l’hydrocotyle F-R peut croître de plus de 20 centimètres par jour et multiplier sa masse par deux en l’espace de 4 à 7 jours seulement. N’étant pour l’instant pas suffisamment consommée, seules quelques limaces en profitent (braves bêtes), elle est capable de former des herbiers denses qui vont alors étouffer et remplacer les plantes natives. En bloquant la lumière et en se dégradant, ces herbiers altèrent de manière importante la qualité et le fonctionnement écologique des milieux aquatiques (perte en oxygène). Cette asphyxie du milieu menace alors grandement la survie des poissons et des invertébrés. Une étude menée dans des étangs de Belgique a d’ailleurs montré que certains insectes sensibles à la qualité des eaux (les éphémères) sont absents des secteurs envahis par l’hydrocotyle F-R. Outre ces impacts négatifs sur la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, les tapis d’hydrocotyles F-R homogénéisent les paysages et réduisent fortement la valeur récréative et économique des milieux aquatiques (transport fluvial, pêche, activités nautiques, etc.). Ces massifs denses constituent également des obstacles à l’écoulement des eaux ce qui crée des zones favorables à la prolifération des moustiques (passe encore) et augmente le risque d’inondation (là c’est plus gênant).

En pratique, à l’instar d’autres espèces exotiques envahissantes, c’est sa stratégie de reproduction qui renforce son caractère invasif. En effet, l’hydrocotyle F-R se reproduit essentiellement par bouturage. De simples petits fragments de tiges de 1 cm seulement sont ainsi capables de donner naissance à une nouvelle plante. La dispersion des fragments est en outre facilitée par le courant, les animaux ou les activités humaines et ces petits bouts peuvent se propager sur plusieurs dizaines de kilomètres. Les graines par contre ne semblent avoir qu’un faible pouvoir de germination en Europe.

Pour toutes ces raisons, on comprend mieux pourquoi il ne faut pas l’introduire ni la laisser se développer dans sa pièce d’eau, au risque d’être rapidement débordé et de voir la plante s’échapper dans le milieu naturel !


La Grande Marbaise
(limite Grez-Doiceau et Rhode St-Agathe)
et
étang privé à Ottignies









Comment lutter contre son envahissement ?

Malgré son haut potentiel de dispersion, il est néanmoins tout-à-fait possible de se débarrasser de cette plante, au moins localement. Mais il faut pour cela être très minutieux lors des interventions de terrain.

Pas de secret, il faut arracher la plante et faire très attention aux différents petits rhizomes finement ancrés dans le substrat et/ou intimement mêlés à la végétation ou racines des berges … et comme ce serait trop simple sinon, il faut savoir que ces satanés rhizomes sont extrêmement cassants !

Pour une petite pièce d’eau, un arrachage manuel est recommandé, par contre dans le cas de surfaces (et de volumes) plus importants, une intervention en premier lieu avec des machines est à privilégier, mais toujours couplée avec une intervention manuelle derrière afin de retirer finement les différents éclats qui auront été produits et autres petits rhizomes encore en place. Les résidus peuvent ensuite être enfouis sur place ou laissés à sécher dans un endroit sécurisé. Ce type d’intervention a par exemple été mis en place avec succès le long de la Grande Marbaise entre Pécrot et Sint-Joris-Weert, juste avant que cette dernière ne se jette dans la Dyle (cf photo 2). L’intervention couplée du CRDG, de la Province du BW et du VMM s’est révélée très efficace et les derniers suivis effectués cette année montrent que la plante semble bien avoir été éradiquée localement. L’implication du propriétaire de l’étang source fut bien sûr primordiale pour mener à bien cette action. La surveillance sera néanmoins prolongée les années prochaines.

Côté Rixensart, comme cette plante est particulièrement bien installée dans les étangs en zone amont de l’Argentine et ponctuellement dans l’Argentine elle-même, il existe bien un risque pour les milieux aquatiques de grande valeur écologique qui jalonnent la Vallée de la Lasne. À court terme, en partenariat avec la Province du BW, un aménagement va être mis en place pour tenter de contenir le problème et suite à cela des actions d’éradication seront entreprises dans l’Argentine. D’autres solutions devront être envisagées pour gérer la (volumineuse) source du problème …


Jérémie Guyon
Le Contrat Rivière Dyle-Gette
Dans le cadre d’une sensibilisation du PCDN sur les plantes envahissantes et invasives - décembre 2017
http://biodiversite.wallonie.be